À paraître le 14 octobre, Intelligence Relationnelle. Pour un engagement thérapeutique conscient au service de la guérison des traumatismes, du Dr François Le Doze (Éditions Quantum Way), propose une manière nouvelle de comprendre et d’accompagner les blessures traumatiques profondes et la dissociation traumatique.

Nous avons souvent l’habitude de nous penser comme des êtres d’un seul tenant : un « moi » cohérent, stable, capable de ressentir, de décider et d’agir d’une seule voix. Pourtant, l’expérience du trauma montre autre chose. Certaines personnes disent ne plus se reconnaître dans leurs réactions. Elles se sentent soudain envahies par la peur, coupées de leurs émotions, figées, absentes, en colère sans comprendre pourquoi, ou incapables d’entrer en relation alors même qu’elles le désirent.
Dans ces moments, il ne s’agit pas simplement d’une contradiction intérieure ordinaire. Quelque chose de l’expérience de soi se désorganise. Une partie de la personne reste orientée vers le présent, tandis qu’une autre semble agir comme si le danger était encore là. C’est cette réalité que le modèle Intelligence Relationnelle® aborde à partir de la dissociation traumatique.
La dissociation comme organisation protectrice
Dans l’IR, la dissociation n’est pas d’abord comprise comme une pathologie spectaculaire ou rare. Elle est envisagée comme une organisation protectrice du système psychocorporel lorsque l’insécurité a été trop intense, trop précoce ou trop durable pour être intégrée. Lorsque la personne ne peut ni fuir, ni se défendre, ni trouver auprès d’un autre une sécurité suffisante, l’expérience se fragmente. Certaines sensations, émotions, impulsions ou mémoires relationnelles se séparent de l’expérience consciente ordinaire.
Cette séparation permet de survivre. Elle protège contre l’excès d’activation, contre la terreur, contre la honte, contre l’impuissance ou contre l’effondrement. Mais ce qui a protégé à un moment donné peut ensuite rester actif dans le présent. La personne ne réagit plus seulement à la situation actuelle : elle réagit aussi à partir d’organisations anciennes, façonnées dans un contexte où le danger était réel ou impossible à traiter.
C’est pourquoi l’IR ne considère pas les symptômes traumatiques comme de simples dysfonctionnements. L’hypervigilance, l’évitement, le figement, l’effondrement, les ruptures de présence, les réactions disproportionnées ou les difficultés relationnelles sont compris comme les traces d’une organisation défensive qui continue de chercher la sécurité.
Dissociation traumatique : au-delà du langage des « parties »
Le modèle Internal Family Systems a eu une influence importante sur François Le Doze. Il a rendu accessible l’idée que la vie psychique n’est pas toujours homogène et que des mouvements internes différents peuvent coexister en nous. Le langage des « parties » permet parfois de représenter cette pluralité intérieure et d’entrer en relation avec des aspects blessés ou protecteurs de soi-même.
Mais l’Intelligence Relationnelle® déplace cette perspective. Elle ne part pas d’abord de l’idée que le psychisme serait constitué de parties déjà disponibles pour le dialogue. Elle part de l’observation clinique de la dissociation traumatique. Dans cette perspective, ce que l’on appelle une « partie » n’est pas toujours le point de départ du travail. C’est souvent une forme secondaire, parfois tardive, sous laquelle une organisation dissociative devient accessible.
En début de thérapie, la dissociation traumatique se manifeste le plus souvent autrement : par des états du système nerveux autonome, des ruptures de contact, des mouvements de retrait, de figement, d’attaque ou d’effondrement, des réactions relationnelles automatiques, des troubles de l’attachement ou des impossibilités à recevoir la sécurité. La personne ne rencontre pas nécessairement une « partie » identifiable. Elle fait l’expérience d’un état, d’une coupure, d’une défense ou d’un monde interne organisé autour du danger.
Le rôle central de l’attachement
Pour l’IR, la dissociation traumatique est étroitement liée à la question de l’attachement. Lorsque la figure censée apporter la sécurité est absente, imprévisible, insuffisamment disponible ou elle-même source de peur, le système nerveux se trouve pris dans une contradiction profonde : il a besoin du lien pour survivre, mais ce lien peut aussi être associé au danger.
Cette contradiction produit des organisations internes durables. Le corps peut apprendre à se méfier de la proximité, à se couper du besoin, à attaquer, à fuir, à se figer ou à s’effondrer. La relation, qui devrait être un lieu de sécurité, devient alors un lieu ambivalent, parfois recherché et redouté dans le même mouvement.
C’est pourquoi le travail thérapeutique ne peut pas toujours commencer par un dialogue intérieur avec des parties. Avant qu’une organisation dissociative puisse être reconnue, différenciée et éventuellement rencontrée comme une part, il faut souvent que la sécurité relationnelle soit suffisamment restaurée. Le patient doit pouvoir éprouver, dans la relation thérapeutique, qu’un autre peut être présent sans envahir, accompagner sans contrôler, s’engager sans faire peur.
La relation comme condition d’intégration

Dans l’Intelligence Relationnelle®, la relation thérapeutique devient alors un levier central du travail. Elle ne constitue pas seulement un cadre bienveillant autour du processus thérapeutique. Elle participe directement à la régulation du système nerveux et à la restauration de la sécurité.
Le thérapeute, par son Engagement Thérapeutique Conscient, ajuste sa présence, son rythme, sa parole et son attention à ce que le patient peut réellement recevoir. Il ne s’agit pas de pousser la personne à revivre le trauma, ni de lui demander trop tôt d’identifier des parties ou de dialoguer avec elles. Il s’agit d’abord de rejoindre les manifestations actuelles de l’insécurité : un retrait, une peur, une tension, un figement, une impossibilité à sentir, une réaction d’attaque ou une fermeture relationnelle.
Lorsque cette sécurité devient suffisante, ce qui était simplement subi peut commencer à se différencier. Le patient peut repérer que « quelque chose en lui » réagit, protège, se coupe ou se défend. Ce mouvement de différenciation est important : il permet à la personne de ne plus être entièrement confondue avec l’état traumatique. Elle peut commencer à l’observer, à le comprendre et, progressivement, à entrer en relation avec lui.
Quand les parts deviennent accessibles
C’est souvent dans un second temps que certaines organisations dissociatives peuvent apparaître sous la forme de parts plus identifiables : une part qui se protège, une part qui attaque, une part qui se cache, une part qui porte la honte ou la peur. Mais dans l’IR, cette apparition n’est pas présupposée dès le départ. Elle dépend du niveau de sécurité, de la qualité de la relation thérapeutique et du degré d’intégration déjà retrouvé.
Le travail avec les parts n’est donc pas exclu de l’Intelligence Relationnelle® : il y trouve même sa place. Mais il n’en constitue pas le cœur initial. Le cœur du modèle est le traitement de la dissociation traumatique à partir de ses manifestations corporelles, relationnelles et neurobiologiques. Les parts ne sont qu’une des formes possibles que peut prendre cette dissociation lorsqu’elle devient suffisamment différenciée pour être rencontrée.
Cette distinction est essentielle. Elle évite de réduire l’IR à une variante de l’IFS. L’IR reconnaît l’apport du langage des parties, mais elle le replace dans une compréhension plus large : celle des réponses défensives, des troubles de l’attachement, du système nerveux autonome et de la régulation par la relation.
Ce que cela change pour le patient
Pour le patient, ce changement de regard est profondément déculpabilisant. Il ne s’agit plus de se demander : « pourquoi suis-je comme cela ? » ou « pourquoi cette partie de moi sabote-t-elle ma vie ? ». Il devient possible de comprendre que certaines réactions sont les traces d’une organisation protectrice ancienne, mise en place lorsque la sécurité manquait.
Une réaction de retrait peut avoir été une manière de survivre. Une attaque peut avoir protégé contre l’impuissance. Un effondrement peut avoir été la seule réponse possible face à une situation sans issue. Une coupure émotionnelle peut avoir permis de continuer à vivre malgré l’insupportable.
La question thérapeutique change alors. Elle ne consiste pas d’abord à faire disparaître ces réactions, mais à comprendre ce qu’elles cherchent encore à protéger, et à permettre au système nerveux de découvrir que d’autres réponses deviennent possibles dans le présent. L’objectif de l’IR n’est pas de supprimer la pluralité intérieure, ni de contraindre la personne à une unité artificielle. Il est de restaurer une continuité vivante de l’expérience de soi : pouvoir sentir sans être débordé, se relier sans se perdre, se protéger sans rester prisonnier du passé, retrouver de la liberté là où l’histoire avait imposé des réponses automatiques.
C’est l’un des fils directeurs d’Intelligence relationnelle. Pour un engagement thérapeutique conscient au service de la guérison des traumatismes. François Le Doze y montre que la transformation des blessures traumatiques profondes ne passe pas seulement par la compréhension de soi, ni par le dialogue intérieur, mais par une expérience nouvelle de sécurité dans laquelle le corps, la relation et la conscience peuvent progressivement se réorganiser.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la dissociation traumatique ?
Dans l’Intelligence Relationnelle®, la dissociation traumatique n’est pas comprise comme une pathologie rare ou spectaculaire. Elle est envisagée comme une organisation protectrice du système psychocorporel lorsque l’insécurité a été trop intense, trop précoce ou trop durable pour être intégrée. Certaines sensations, émotions, impulsions ou mémoires relationnelles se séparent alors de l’expérience consciente ordinaire.
Comment la dissociation se manifeste-t-elle en début de thérapie ?
Le plus souvent par des états du système nerveux autonome : ruptures de contact, mouvements de retrait, figement, attaque ou effondrement, réactions relationnelles automatiques, troubles de l’attachement ou impossibilités à recevoir la sécurité. La personne ne rencontre pas nécessairement une « partie » identifiable, mais fait l’expérience d’un état, d’une coupure ou d’une défense.
L’Intelligence Relationnelle® est-elle une variante de l’IFS ?
Non. L’IR reconnaît l’apport du langage des parties mais le replace dans une compréhension plus large : celle des réponses défensives, des troubles de l’attachement, du système nerveux autonome et de la régulation par la relation. Le travail avec les parts y trouve sa place, mais il n’en constitue pas le cœur initial.
Pourquoi l’attachement joue-t-il un rôle central dans la dissociation ?
Lorsque la figure censée apporter la sécurité est absente, imprévisible, insuffisamment disponible ou elle-même source de peur, le système nerveux se trouve pris dans une contradiction profonde : il a besoin du lien pour survivre, mais ce lien peut aussi être associé au danger. La relation devient alors un lieu ambivalent, parfois recherché et redouté dans le même mouvement.
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Le livre Intelligence Relationnelle. Pour un engagement thérapeutique conscient au service de la guérison des traumatismes (sortie le 14 octobre) développe le modèle en détail.
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Ce n’est pas toi le problème, la BD de Lise Desportes préfacée par François Le Doze (sortie le 26 août), rend ces concepts accessibles.
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